Les artistes de demain (L’envol)

Installation extérieure d’arbres et de peintures monumentales.

Grange de Mouvance, à la Pommerie – 19290 Saint-Setiers

du 1er au 14 août 2026

Dans la continuité de la démarche « La Planète de demain », Michèle LAVEIX élargit la réflexion :

« L’artiste de demain, concepteur d’expériences, s’intéressera à la nature et à la justice sociale. On ne regardera plus une oeuvre, on prendra place dedans. L’art servira à questionner le monde, pas seulement à le décorer ».

« On attend la nouvelle exposition de Michèle Laveix comme un nouveau cru annuel, avec l’impatience de découvrir dans quelle forme plastique elle exprimera les interrogations qui la travaillent depuis des mois, qui lui font prendre la route de la Pommerie inlassablement, bon temps, mauvais temps, pour traduire en installation son obsession de toujours rester vivante, encore plus vivante, mais aussi : faire vivre ce qui est en train de disparaitre. 

Après la Planète de demain qui se focalisait sur la gestion future des ressources en eau, l’artiste continue à sonder les ravages de l’Anthropocène avec une installation immersive en plein air, qui met l’art au milieu de la nature pour crier la nécessité pour les Artistes de demain de rester attentifs à ce qui se passe dans le monde. Le regard toujours tourné vers l’avenir, comme si elle-même en faisait partie, son intérêt pour le temps est surtout celui de son dépassement. Les Artistes de demain. L’Envol, traduit un double mouvement : celui de la matière, qui meurt pour renaitre (le bois se décomposant alimente des vies nouvelles) et celui de l’âme, qui transcende la matière et continue à vivre (n’est-ce pas justement l’idée de l’envol?). Le regard se pose d’abord en bas et ensuite se dirige vers le haut. C’est comme raconter l’évolution de l’existence humaine, qui d’abord doit affronter sa matérialité, le rapport au corps, aux besoins, éventuellement à la maladie, à la mort, pour enfin s’élever dans les airs et flotter librement, se détacher de toute cette lourdeur qui nous contraint. C’est l’espoir d’une libération, c’est l’élan créatif, c’est tout ce à quoi l’âme humaine aspire sans se l’avouer la plupart du temps. 

En appelant les nouvelles générations à s’impliquer dans la lutte pour le vivant, Michèle Laveix refuse elle-même l’idée de la mort et de la disparition, et ce nouveau travail devient non seulement un cri de conscience, mais aussi un cri pour la perpétuation de la vie. Il se déploie en un tableau monumental qu’on regarde d’abord de loin pour en saisir la structure et la beauté. Ayant la nature et la grange comme cadre, les arbres mutilés renaissent dans la terre et à travers la peinture qui les orne, alors que les pans de plastique transparent qui flottent dans l’air et jouent avec le vent et les nuages, amènent une dimension verticale, qui permet de se libérer de préoccupations terrestres. Michèle Laveix crée ici un sanctuaire à ciel ouvert, une énorme peinture pariétale hors la caverne, où les murs ocres et beiges de la grange jouent de support, bien qu’exploité qu’en trompe-l’oeil, à l’épanouissement d’une peinture qui utilise surtout la triade chromatique primitive: le blanc, le rouge et le noir, augmentés de temps en temps du bleu qui se pose sur quelques branches, mais aussi du bleu du ciel et du vert de la nature environnante. L’emploi de ces pigments primitifs utilisés depuis des millénaires par des artistes (hors le bleu, qui est une couleur plus récente) augmente encore davantage le propos et le situe hors temps. 

En travaillant à cette exposition, sur un bout de papier, Michèle a noté ces mots: 

L’artiste de demain. Où est-il? Où est sa place? Trop préoccupé par la dure réalité de la survie de l’humanité? Quel geste créatif peut concrétiser et adoucir la continuité? La peinture va guider un chemin, une nouvelle installation, celle de la vie. Comme une introduction à sa manière de voir l’art comme un moyen de dépasser la réalité, la rendre sienne, rêvée ou espérée. Comme un bouclier contre la cruauté des gestes de destruction dont pâtissent les arbres, la biodiversité et in fine les vies humaines. » 

EWA WOHN